1725. AU ROI DE FRANCE A VERSAILLES.

Potsdam, 13 février 1745.

Monsieur mon Frère. En conséquence de ce que Votre Majesté désire, nous sommes convenus que M. de Valory irait à Dresde pour y sonder le terrain et faire des propositions capables d'engager le roi de Pologne à devenir le concurrent du duc de Lorraine. J'ai sacrifié mon ressentiment au bien de la cause commune, et mis toute la facilité de mon côté dans une affaire qui paraît être agréable à Votre Majesté.

Le chevalier Courten, que j'ai estimé depuis que je l'ai connu,49-1 m'a instruit des dispositions de Votre Majesté pour la campagne prochaine, mais il ne nous a pas été possible d'arranger quelque chose avant que de savoir le plis que les affaires prendront en Saxe; je regarde la négociation qui s'y fait comme la pierre de touche du système de l'Europe, et cette fois ici la façon de penser du roi de Pologne décidera de tout. J'appréhende beaucoup que la politique de ses ministres ne puisse pas s'accorder avec ses véritables intérêts, et il y a des anecdotes qui, si l'on y peut ajouter foi, fermeront la porte aux propositions de M. de Valory.

Je n'ai encore aucune réponse du roi d'Angleterre au sujet du maréchal de Belle-Isle,49-2 mais on peut juger qu'il m'en fera une semblable qu'au défunt Empereur.

Quoique l'impératrice de Russie n'ait fait autre chose jusqu'à présent que de tenir une certaine contenance embarrassante pour ses voisins, il me paraît pourtant, sans paradoxe, qu'elle a utilement servi la reine de Hongrie; car Votre Majesté peut être persuadée que le roi de Pologne n'aurait pas remué dans son pays et qu'il aurait été obligé de ravaler dans le silence toute la mauvaise volonté qu'il a contre moi, si la Russie ne lui avait garanti authentiquement ses États de Saxe; sans ce qui m'était parvenu de cette garantie, je n'aurais pas balancé un moment à porter le fer et le feu dans la Saxe et à faire repentir bien<50> amèrement ceux dont les conseils ont effectué cette levée de boucliers contre moi.

Il est sûr que les conjonctures de l'Europe sont prodigieusement embrouillées, mais quelquefois des symptômes violents précèdent les crises de la nature, et la tournure que les affaires prendront entre ci et quatre semaines, pourra éclaircir l'avenir. Je ne saurais assez réitérer à Votre Majesté tous les sentiments qu'Elle m'inspire et combien je suis, Monsieur mon Frère, de Votre Majesté le bon frère

Federic.

Nach Abschrift der Cabinetskanzlei.



49-1 Der König sah ihn zuerst im Lager bei Mollwitz im April 1741, im Gefolge des Marschalls Belle-Isle.

49-2 Vergl. S. 18.