1948. AU MINISTRE D'ÉTAT COMTE DE PODEWILS A BERLIN.

Camp de Chlum, 4 août 1745.

Mon cher Podewils. La poste d'aujourd'hui ne vaut pas la peine de faire cliiffrer ma lettre; je crois que vous devez avoir reçu tant de chiffres de moi que vous en avez tout votre soûl.

Je pense tout comme vous sur le voyage de Chambrier,246-2 mais ce qui m'embarrasse, c'est de trouver le fil d'Ariane. Nous ne faisons absolument rien ici, ainsi faites imprimer que les deux armées restent également dans l'inaction.

Les nouvelles d'Italie commencent à devenir intéressantes, peut-être que le Sérénissime Infant sera le bec dans les marais de Mantoue à la fin de la campagne.

<247>

Le prince de Conty, après avoir joué en Italie les rôles de baron, vient de jouer ceux de gille au bord du Rhin. Il y a une complication de procédés honteux dans sa conduite qui le perdra de réputation.

J'ai reçu une lettre du comte de Saxe247-1 par laquelle je juge qu'Oudenarde est prise au moment présent, Bruxelles suivra apparemment le même sort. Que feront les républicains? Ce grave et sage sénateur anglais qui, assis sur son tribunal, se préparait à faire les plus belles harangues de l'univers, reçoit la nouvelle de l'action de Melle,247-2 il pâlit, la voix lui manque, il tombe, le tribunal reste vide, et l'assemblée se sépare.

Jamais bataille n'a eu l'honneur de faire une aussi forte impression, mais quelles en seront les suites? C'est ce que la mobilité des pensées humaines nous empêche de deviner; souvent la rage succède à la timidité, et quelquefois le découragement suit l'audace; il faudrait tâter le pouls aux deux républiques, pour juger, par l'agitation ou le calme de leur circulation, du parti qu'ils prendront.

Voilà en vérité tout ce que j'ai à vous dire; cela ne méritait pas une lettre, bien moins un chiffre. Je suis votre fidèle ami

Federic.

Je viens d'apprendre que le pauvre Keyserlingk est mal, je suis dans mille inquiétudes pour lui, je vous prie d'éperonner Eller, pour qu'il emploie les derniers secrets de son art pour sa guérison.

P. S.

Vous verrez par la copie de la dépêche que j'ai faite à Chambrier, que je demande absolument une réponse catégorique touchant l'article des subsides. Si la France ne nous satisfait point sur cet articie-là, il n'y aura pas autre chose à faire que de faire notre paix par l'entremise de l'Angleterre, à quelque prix que ce soit.

Nach der Ausfertigung. Bis auf das P. S. eigenhändig.



246-2 Vergl. S. 244.

247-1 Liegt nicht vor.

247-2 Fontenoy.