4982. AU COMTE DE TYRCONNELL, MINISTRE DE FRANCE, A BERLIN.

Potsdam, 26 juin 1751.

Milord. Étant retourné ici de mon derrnier voyage, j'y ai trouvé par-devant moi différentes nouvelles intéressantes, lesquelles je n'ai pu<385> me refuser de vous communiquer, d'autant plus que la confiance établie entre votre cour et moi l'exige et que je me tiens très assuré que vous m'en garderez un secret inviolable, en les faisant parvenir à votre cour par une voie fort sûre, afin que le secret en soit des plus soigneusement ménagés.

J'ai donc pu m'informer en premier lieu que le ministre autrichien à Stockholm n'est pas peu embarrassé sur l'affaire des deux Wijkman, père et fils, qui y ont été arrêtés en dernier lieu,385-1 leur correspondance avec le secrétaire d'ambassade russien Simolin à Stockholm ayant été découverte et les deux prisonniers ayant avoué qu'ils avaient informé ledit Simolin qu'il y avait beaucoup de fermentation parmi les Finlandais contre la couronne de Suède, tant à cause des grandes contributions que du travail qu'ils étaient obligés de faire aux fortifications des places dans la province; à quoi Wijkman avait ajouté la remarque que, si la Russie trouvait bon d'entrer sur ces entrefaites dans la Finlande suédoise, il n'y aurait personne qui voulût tirer l'épée contre elle, Wickman s'étant offert d'ailleurs de remettre à Simolin un plan bien exact de la forteresse suédoise Helsingfors, ce qui, Wijkman ayant avoué être vrai, ne laissait que d'embarrasser extrêmement le ministre autrichien de Goës, qui à cette occasion doit avoir témoigné beaucoup d'appréhension sur ce que cette recherche pourrait découvrir plusieurs de ceux qui, selon lui, étaient du parti bien intentionné; qu'en attendant le sieur de Panin ne faisait pas semblant de s'intéresser au sort du susdit Wijkman.385-2

Quant à mes nouvelles de Pétersbourg, la cour de Russie doit avoir fait remettre une note par écrit sur sa façon de penser d'à présent sur les affaires de Suède. Je vous la communique ci-jointe en copie, avec une traduction en français que j'en ai fait faire pour vous.

Il est fort facile de conclure du contenu de cette note que les deux cours impériales, se voyant coupé tout prétexte, après la déclaration faite par le roi de Suède à son avènement à la couronne, de pouvoir éclater ouvertement contre la Suède, changent présentement de batterie et tâchent de tenter si par des paroles emmiellées elles pourraient tirer la Suède dans leurs intérêts et la rendre ainsi dépendante de la Russie; mais comme il n'est pas à espérer que ceci soit faisable, autant que le ministère actuel de Suède reste au timon des affaires, il n'est pas douteuse que les deux cours impériales ne tâchent par leurs ministres en Suède d'exciter toutes sortes de querelles audit ministère pendant la prochaine Diète, pour le saper et le renverser, afin d'avoir en sa place un ministère en Suède qui leur soit plus dévoué.

Le ministre autrichien Pretlack à Pétersbourg s'est ouvert à un de ses amis385-3 que le contenu de la note en question ne pouvait que me donner beaucoup à penser et qu'il ne pourrait que m'être fort désagréable que la Suède se liât plus étroitement avec la Russie, ledit<386> Pretlack continuant d'ailleurs par avertir confidemment son ami que la cour de Russie était intentionnée de retirer ses troupes de la Finlande, mais d'un autre côté de les faire avancer incontinent vers la Livonie et ainsi plus proche des frontières de la Prusse.

Vous pouvez compter, Milord, que toute cette manœuvre de la cour de Pétersbourg, quand bien elle se réaliserait, ne me mettra point en mouvement, mais que je la laisserai aller son train, faisant semblant comme si je n'en entendais rien. Aussi serais-je charmé alors que la cour de France, supposé que le cas arrivât, voulût bien faire de même et n'en pas parler.

Mes avis secrets de Saxe portent que le comte Keyserhngk doit avoir confié à un de ses intimes qu'en conséquence des assurances que le ministère de Dresde lui avait données, cette cour se déclarerait en peu de jours très favorablement à l'égard de son accession au traité entre les deux cours impériales fait en 1746, mais qu'elle instruirait d'ailleurs ses ministres à la cour de Russie, d'Arnim et Funcke, de négocier cette affaire à Pétersbourg et de la finir au plus tôt possible.386-1

Comme d'ailleurs la cour de Vienne n'a pas été fort édifiée de ce que le comte Keyserlingk n'ait voulu entrer en tout aveuglément dans ses vues, le général Pretlack, qui semble à présent faire la pluie et le beau-temps à la cour de Pétersbourg, doit avoir trouvé moyen par ses intrigues, et en représentant que le comte Keyserhngk était plus dévoué à la cour de Dresde qu'à la sienne propre, de le faire rappeler en peu de Dresde. On doit même avoir déjà fait insinuer de Pétersbourg au comte Keyserlingk sous main par une tierce personne qu'il y avait un changement sur le tapis à son égard.386-2 Mais que, dès que le comte Brühl en avait eu le vent, il s'était fort plaint au ministre autrichien à Dresde que la cour de Vienne tâchait d'inspirer toutes sortes d'idées sinistres contre celle de Dresde et qu'elle ne manquait point d'occasion pour expliquer en mal les actions et les sentiments de sa cour et tâchait par là de faire naître des soupçons à la Russie contre la Saxe. Qu'on savait que, par les suggestions de la cour de Vienne, il était comme résolu que le comte de Keyserlingk serait rappelé, mais que, comme ce dernier retournerait difficilement en ce cas en Russie, mais quitterait plutôt son service, on n'obtiendrait par là que de faire perdre à la Russie un ministre habile, qui outre cela possédait une connaissance extraordinaire des affaires de Pologne et qui par ses lumières avait en toute rencontre rendu de grands et signalés services à la cour de Dresde.386-3

Le ministre autrichien, comte de Sternberg, doit avoir entendu avec beaucoup d'indifférence ces propos du comte Brühl et avoir nié qu'on ait donné de mauvaises impressions à la cour de Pétersbourg contre celle de Dresde, ajoutant qu'il ne savait rien d'un changement à faire avec le comte Keyserlingk.

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J'ai aussi été averti de Dresde que le ministre anglais Williams doit prétendre savoir de bonne part que la France et la Suède ont conclu un traité secret entre elles qui portait qu'en cas de vacance du trône de Pologne on tiendrait tout prêt un corps de troupes pour pouvoir remplir ce trône par un candidat agréable à la France, et on ajoute que Williams en avait fait ouverture au roi de Pologne dans une audience secrète.

Ce m'est un vrai plaisir, Milord, de vous communiquer tous ces avis secrets, sur lesquels vous pouvez compter et vous reposer avec assurance.

Je finis par vous prier de m'en garder le secret envers chacun qui que ce puisse être, hormis M. de Puyzieulx, auquel vous voudrez bien communiquer le tout sous de bonnes et sûres précautions. Sur ce, je prie Dieu etc.

Federic.

Note.

St. Petersburg, 25. Mai 1751 styli veteris.

Die abseiten Ihro Kaiserl. Majestät von allen Reussen bei dem Königlich schwedischen Hofe seit zwei Jahren angewandte heilsame Bemühungen und gethane freundschaftliche Vorstellungen haben einzig und allein die ungekränkte Beibehaltung des Ruhe- und Friedensstandes, wie auch des Gleichgewichts in Norden zum Vorwurf gehabt, wovon die Bewegursachen dem Römisch-kaiserlich-königlichen Hofe aus denen Ihro dahier gestandenen Herrn Botschafters Excellenz in bundesmässigem Vertrauen geschehenen mündlich- und schriftlichen Versicherungen nicht ohnverhalten geblieben.

Da nun des jetzt regierenden Königs in Schweden Majestät sogleich bei Besteigung des Thrones mittelst der in so nachdrücklichen und bündigsten Ausdrückungen feierlich erneuerten Versicherung die einmal eingeführte Regierungsform in einem ungekränkten Stande aufrecht zu erhalten und von selbiger auf keinerlei Weise abzuweichen Ihrer Kaiserl. Majestät von allen Reussen ohnehin zur Gnüge bekannten friedfertigsten Verlangen, in dieser Absicht angewandten Eifer und reinsten Denkensart so nachbarlich entgegengegangen sind, so haben Allerhöchstdieselbe dem Römisch-kaiserlich-königlichen Hofe nicht minder im bundesmässigen Vertrauen zu eröffnen keinen Anstand nehmen wollen, dass Ihro Kaiserl. Majestät von allen Reussen des jetzt regierenden Königs in Schweden Majestät sogleich bei der Besteigung des Thrones publicirte Vericherungsurkunde und darauf erfolgte Erklärungen, mit Allerhöchstderselben eine genaue, vertrauliche und nachbarliche Freundschaft in Gefolge der zwischen beiden Reichen vorwaltenden Bündnissen zu unterhalten, zur hinlänglichen Beruhigung und vollkommenen Zufriedenheit gereichen. In Gefolge des aufrichtigen Wunsches, den Ihro Kaiserl. Majestät von allen Reussen jederzeit gehabt und nach wie vor behalten werden, um Allerhöchstdero Orts mit allen Puissances<388> eine gute Freundschaft zu unterhalten, gedenken Allerhöchstdieselbe mit dem Könige und der Krone Schweden in der alten hergebrachten nachbarlichen Freundschaft und einem genauen Einverständnisse nach wie vor auf das vertraulichste zu leben, selbige noch mehr zu befestigen und zu cultiviren.

Man hat keinen Umgang nehmen wollen, dem Römisch-kaiserlichköniglichen Hofe diese Ihro Kaiserl. Majestät von allen Reussen unwandelbare allerhöchste Denkensart und Vorsatz im bundesmässigen Vertrauen zu eröffnen, wozu man sich auch um so mehr veranlasset siehet, als sich einige Höfe bemühen, sich in den Angelegenheiten der beiden benachbarten Reichen und nahen Alliirten aufgedrungener zu mischen und der allerhöchsten reinesten Intention einen ganz verkehrten und nach ihren eigenen weit aussehenden Absichten abgemessenen Sinn beizulegen, da doch die hohen Alliirten von dem Gegentheil, nämlich dass Ihro Kaiserl. Majestät angewandte Bemüh- und Vorkehrungen, wie vorgesagt, die ungekränkte Beibehaltung des Ruhestandes und des Gleichgewichts in Norden in alleiniger Absicht gehabt, zur Gnüge belehret und überzeuget sind.


Das Schreiben nach der Ausfertigung im Archiv des Auswärtigen Ministeriums zu Paris; die Beilage nach Abschrift der Cabinetskanzlei im Königl. Geheimen Staatsarchiv zu Berlin.



385-1 Vergl, S. 367.

385-2 Goës an Puebla, Stockholm 11. Juni.

385-3 Pretlack an Puebla, Petersburg 8. Juni.

386-1 Sternberg an Pretlack, Dresden 12. Juni.

386-2 Pretlack an Sternberg, Petersburg 8. Juni.

386-3 Sternberg an Pretlack, Dresden 12. Juni.