<72> extrême que Charles-Gustave avait de son assistance, il se servit de cette conjoncture avec tant d'habileté, qu'il obtint l'entière souveraineté de la Prusse par le traité de Liebau;a la Suède ne se réserva que la succession éventuelle de ce duché. L'Électeur notifia à l'Empereur le gain de la bataille de Varsovie; mais Ferdinand III, qui appréhendait encore les Suédois, qui voyait à contre-cœur la bonne intelligence qui régnait entre eux et les Brandebourgeois, et qui de plus enviait les succès brillants de ces deux héros, se contenta de lui répondre : « Qu'il plaignait les Polonais d'avoir affaire à deux aussi braves princes. »

L'Empereur, qui était alors en paix avec tous ses voisins, crut qu'il était de sa dignité de se mêler des troubles de la Pologne, soit pour défendre ce royaume, soit pour abaisser le roi de Suède, soit pour en profiter lui-même : il envoya Hatzfeld à la tête de seize mille hommes au secours de cette république. Le Danemark épousa également les intérêts de la Pologne, en haine de la Suède. Cette ligue puissante devenait pour Gustave un présage certain de l'inconstance de la fortune. Ferdinand III, non content d'assister les Polonais de ses troupes, voulut les délivrer d'un ennemi redoutable, et il sollicita Frédéric-Guillaume, dans les termes les plus pressants, de se détacher des Suédois.

L'Électeur, pressé de tous les côtés, se résolut de prévenir les lois de la nécessité : il se prêta de bonne grâce à ce qu'il n'était pas en état de refuser; et, prévoyant que l'Empereur et le roi de Danemark pouvaient le contraindre de quitter le parti des Suédois en faisant une irruption dans ses États d'Allemagne, il signa à Wehlau sa paix avec les Polonais. Cette couronne reconnut la souveraineté de la Prusse; elle lui céda les bailliages de Lauenbourg et de Bütow, en dédommagement de l'évêché de Warmie; la ville d'Elbing lui fut engagée moyennant une somme d'argent; et la succession de Prusse fut


a Labiau.