<462> Allemagne, afin de s'y guérir entièrement, par l'usage de quelques bains, de l'égarement d'esprit qui l'avait pris à l'occasion de quelque affaire fâcheuse qui lui était arrivée en Russie, se prit, en passant par mes États, à demander au général major adjudant de Buddenbrock si je permettrais bien qu'il se fit, en passant ici, présenter à moi, vu qu'il avait été autrefois à mon service. Comme je ne trouvai aucune bonne raison à lui refuser sa demande, il m'a été présenté à Sanssouci, où, après des discours ordinaires et vagues, il fit entrevoir qu'il était chargé secrètement par sa souveraine de différentes commissions et, entre autres, de passer en France, d'où il attendrait un passe-port pour y aller et voir s'il était convenable qu'il y fît des ouvertures: que l'Impératrice avait assez de penchant pour se rapatrier avec la France; à laquelle occasion il me fit entendre que, si je voulais me résoudre d'envoyer quelqu'un des miens, qui garderait au commencement l'incognito, en Russie, l'on trouverait peut-être l'occasion de l'introduire lui-même auprès de l'Impératrice.

Comme je trouvai cette démarche trop hasardeuse pour celui que j'y emploierais, et que je savais bien qu'il était hors de saison encore de faire une pareille démarche, et que d'ailleurs je connaissais assez ce Leutrum pour ne point être capable de conduire une telle affaire, pour ne pas dire que je m'aperçus d'abord qu'il visait à attraper de mon argent, je ne fis aucune réflexion sur tous ses propos, le congédiant au reste honnêtement. Je communiquai cependant avec feu M. de Saint-Contest1 sur ce que cet homme m'avait dit sur ses prétendues commissions en France, pour savoir seulement s'il était vrai qu'on lui enverrait un passe-port à Manheim. Sur quoi, le sieur de Saint-Contest m'ayant confirmé dans mes soupçons que ce Leutrum n'était qu'un vrai escroc qui avait déjà pensé attraper la France, je songeai d'autant moins à cet homme, de sorte que, quand il me fit demander mes ordres, en retournant par Berlin en Russie, je ne voulus plus le voir et lui fis dire qu'il n'avait qu'à poursuivre son chemin sans s'arrêter. Ce qu'il fit aussi, sans m'avoir plus vu, ni parlé.

Voilà au dernier vrai tout ce qui est arrivé à ce sujet, sur quoi vous pouvez compter fermement. Au surplus, j'ai dû être bien frappé de ce que cet homme a eu l'impudence de dire que je l'avais chargé de commissions, et il faut bien que, pour se faire valoir auprès de quelques gens en Russie, il ait composé ce pot-pourri dont il a parlé au ministre de Suède, le baron de Posse; aussi en ai-je déjà instruit le sieur de Maltzahn, afin qu'il en désabuse le baron de Hcepken. Au surplus, vous remercierez le sieur de Wulfwenstjerna de la communication confidente qu'il a bien voulu vous faire à cet égard, en lui protestant, sans entrer trop avec lui sur les circonstances que je vous ai marquées confidemment, que tout ce que ledit Leutrum. avait dit à



1 Vergl. S. 246.