7023. AU CONSEILLER PRIVÉ DE LÉGATION BARON DE KNYPHAUSEN A FONTAINEBLEAU.

Potsdam,11 octobre 1755.

J'ai reçu votre rapport du 28 de septembre dernier, et vous assurerez M. Rouillé bien positivement qu'il fallait de nécessité, parceque je vous en ai mandé ci-devant,329-4 que le secret des affaires ne fût pas bien observé en France, et que je ne pouvais m'empêcher de soupçonner fortement quelque corruption; que, quoique je ne fusse à même de dire si elle avait été pratiquée dans ses bureaux ou non, la chose n'en était pas moins vraie pour cela, et que l'importance du cas était telle qu'on<330> n'y saurait donner trop d'attention pour empêcher que la France et ses alliés n'en ressentissent un grand préjudice qui leur serait d'un dommage irréparable.

Au reste, je ne saurais assez vous recommander encore de n'épargner aucune peine pour me mettre parfaitement au fait des articles de l'instruction du duc de Nivernois.330-1 Outre cela, je désire savoir de vous, de manière à y pouvoir tabler fermement, si l'augmentation des troupes de France aura encore effectivement lieu, ou bien si ce n'a été qu'une ostentation et si, après la publication qui en a été faite, l'exécution de l'arrêt, comme il est bien déjà arrivé parfois, en a été suspendue. Il me paraît d'autant plus nécessaire que vous donniez une attention non interrompue à ces sortes de matières et que de temps à autre vous me les retouchiez, que, sur vos lieux, on se ravise sans fin et qu'on y change de plan du soir au lendemain.330-2 Aussi ne perdrezvous pas de vue, mais me marquerez de temps en temps la façon dont on pense dans le Conseil de France, et si une bonne fois on commence à y prendre des résolutions mâles et raisonnables.

Au surplus, je ne vois pas quelles instructions vous pourriez attendre de moi sur le projet de la France concernant le traité de subsides à renouveler entre celle-ci et la Saxe, après que je vous ai déjà allégué et détaillé à différentes reprises330-3 toutes les raisons qui me font envisager pareil engagement comme inutile à la France et nuisible à la cause commune. Je m'y borne donc et ajoute ici que cette besogne vient à cesser entièrement, les Saxons eux-mêmes ayant rompu là-dessus, pour s'embarquer avec l'Angleterre.330-4

Federic.

Nach dem Concept.



329-4 Vergl. S. 294.

330-1 Vergl. S. 324.

330-2 Vergl. S. 312. 315.

330-3 Vergl. S. 243. 282. 288.

330-4 Vergl. S. 318.