<27> roi d'Angleterre, en le prenant par ses États d'Allemagne, n'a pas de justes idées du grand pouvoir du chevalier Pitt, de sa façon de penser et de son éloignement extrême pour toutes les idées hanovriennes. Je viens pourtant d'en avertir le baron de Knyphausen,1 pour le mettre en état d'approfondir ce qui en est, puisqu'il est certain, d'ailleurs, qu'on ne demanderait pas mieux à Hanovre que de pouvoir entamer une négociation pareille. Je juge ainsi d'une lettre que j'ai reçue tout nouvellement du baron de Münchhausen, et où ce ministre, à ma grande surprise, revient à la charge avec l'idée de quelque acquisition pour l'électorat de Hanovre,2 très nécessaire, selon lui, pour dédommager le roi d'Angleterre des grandes pertes qu'il avait souffertes dans cette partie de ses États; qu'il rappelle, à cette occasion, les promesses que Votre Majesté avait données autrefois sur cet article, et qu'il finit par me prier, sous le sceau du secret et par ordre exprès du Roi son maître, de lui dire comment j'envisage cette affaire et si je ne croyais pas qu'il pût en être question au prochain congrès. Quoique cette ouverture me paraisse très déplacée dans le moment présent, j'ai pourtant cru qu'il était de l'intérêt de Votre Majesté, pour ne pas aliéner l'esprit du roi d'Angleterre, de lui laisser des espérances vagues et de décliner en même temps tout détail sur l'affaire même; je lui ai donc répondu, dans l'espérance que Votre Majesté l'approuverait, par beaucoup de protestations de Son amitié sincère pour le roi d'Angleterre qui La porterait toujours à favoriser de tout Son pouvoir ses intérêts, tant en sa qualité d'électeur qu'en celle de roi, autant que les circonstances pourraient le permettre; mais qu'il me semblait qu'avant que de pouvoir se concerter plus particulièrement sur ce sujet, il fallait attendre, primo, le développement des affaires en Saxe, secundo, la réponse des cours ennemies sur la proposition du congrès, pour savoir ce qu'on pourrait en attendre et en espérer, et que, si la situation des choses permettait alors de prendre quelques arrangements semblables, il faudrait, tertio et avant toutes choses, y faire concourir le ministère britannique qui, par le rôle qu'il jouait dans cette guerre, était en droit d'être admis dans tout ce qui était relatif à la paix.“

Freiberg, 16 janvier 1760.

J'ai bien reçu votre lettre chiffrée du 12 de ce mois, et je vous sais parfaitement gré des nouvelles que vous avez voulu m'y communiquer. Je n'ai rien à ajouter à ce que vous me marquez à ce sujet,3 et la réponse que vous venez de faire au baron Münchhausen, est aussi conforme à ce que je pense sur la proposition extravagante de ce ministre, comme si je vous l'avais dictée moi-même.

Vous avez, au surplus, très bien fait d'en informer d'abord le baron Knyphausen, pour que celui-ci redouble d'attention sur tout le manège hanovrien, qui sûrement, s'il dépendait de lui, nous ferait faux bond. Ménagez avec adresse et habileté la correspondance du susdit ministre, ne fût-ce que pour mieux éclairer les allures du ministère de Hanovre, qui paraît revenir toujours à ses anciens préjugés et à cette malheureuse envie qui a divisé, autrefois, les deux cours.

Federic.

Nach der Ausfertigung.



1 Dies war geschehen durch Ministerialerlass, d. d. Berlin 12. Januar.

2 Vergl. Bd. XVIII, 244. 292.

3 Die Worte: „Je n'ai rien à ajouter à tout ceci“ eigenhändig auf der Rückseite des Berichtes von Finckenstein.