<179>

de Russie de prendre des engagements offensifs avec elle, sans avoir pu y réussir. Il est probable encore que le comte de Bestushew est entièrement gagné par cette cour, qu'il n'a peut-être pas tenu à lui que l'alliance ne fût pas simplement à la défensive, et qu'il n'y a aquiescé que par l'impossibilité de faire autrement Cette supposition faite, il se peut que la cour d'ici, de concert avec ce ministre, prenne à tâche de pousser Votre Majesté et de Lui faire faire quelque démarche qu'elle puisse relever comme un dessein de rupture, ou comme une infraction au traité de Dresde, et qui fournisse au comte de Bestushew un prétexte pour mettre la Kussie au jeu et pour engager sa souveraine à rompre avec Votre Majesté.“

sa nouvelle alliance avec celle de Pétersbourg, néanmoins ces engagements ne sont que purement défensifs. Ce qui me confirme dans cette conjecture, c'est qu'il est fort à présumer que cette alliance n'a nullement été contractée à l'insu et sans le concert de l'Angleterre, qui selon toutes les apparences m'a bien voulu tenir en échec par là, afin que la reine de Hongrie ait les bras d'autant plus libres d'agir contre la France, mais que la cour de Londres n'a pas voulu permettre que les choses allassent trop loin, mais seulement jusqu'à un certain point d'où il n'en pourrait pas résulter une nouvelle guerre au Nord, nullement convenable aux intérêts de la Grande-Bretagne.

Il est constant que le ministre russien, le grand-chancelier Bestushew, est présentement tout-à-fait gagné par la cour de Vienne, et qu'il est tout plein de mauvaises intentions contre moi; mais il n'y a point d'apparence qu'on pourra si facilement engager la Russie d'agir offensivement contre moi; et comme il est assez connu que les finances de cet empire sont si dérangées et délabrées qu'il manque absolument des fonds pour soutenir de soi-même les grands frais qu'il faudrait pour me faire pareille guerre, je laisse à juger à vous-même d'où cette puissance les pourrait tirer. Il n'est pas à présumer que la cour de Vienne soit en état de les fournir, et l'Angleterre, outre la garantie qu'elle m'a faite de me maintenir à la possession de la Silésie, ne discontinue pas à me donner les assurances les plus fortes qu'elle soutiendra ses engagements pris avec moi, et qu'elle me fera avoir, à la paix future générale, la garantie de toutes les puissances contractantes; ainsi que, quoique je sois parfaitement persuadé de toute la mauvaise volonté des Autrichiens contre moi, je vous laisse à juger si ceux-ci avec toute leur mauvaise volonté seront en état de me faire la guerre et d'y fournir tous les frais qu'il faut pour la faire avec quelque apparence de succès. Ainsi donc voici le problème que vous devez me résoudre, et dont vous devez me dire votre sentiment de la manière la plus naturelle et sans me rien cacher : savoir si la cour de Vienne pourrait bien être si enragée que, nonobstant la garantie que l'Angleterre me donne sur ma Silésie, celle-là voudrait bien m'assaillir, et outre cela, si ladite cour sera assez puissante en argent de me faire la guerre de ses propres fonds et sans plus tirer de subsides de l'Angleterre, après la paix faite avec la France. Voilà le problème dont j'attends votre explication mûrement pensée.