2460. AU CONSEILLER BARON LE CHAMBRIER A PARIS.

Berlin, 17 décembre 1746.

J'ai reçu votre dépêche en date du 5 de ce mois. Il est sûr que la paix des Turcs avec les Persans ne devrait point être négligée des ministres de France; mais aussi longtemps qu'ils ne mettront pas les mains à l'œuvre, pour exciter la Porte Ottomanne ou à agir effectivement ou à faire de fortes démonstrations guerrières, cela ne sera qu'une belle perspective pour eux qui n'aboutira à rien. Je viens de recevoir des avis de Vienne selon lesquels la cour de Vienne ne doit plus être si portée pour l'expédition contre la Provence, mais qu'elle doit être plutôt intentionnée de faire marcher la plus grande partie de l'armée d'Italie, si la paix ne se fait pas cet hiver, pour faire une diversion en Lorraine, se flattant que l'Empire ferait alors cause commune avec elle. Il sera à voir si cet avis se vérifiera ou non; du moins est-il assez conforme au système de cette cour, par le grand désir qu'elle a de faire des conquêtes sur la France, qu'elle ne trouvera pas en Italie.

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J'apprends de mon ministre à la cour de Saxe que, s'étant entretenu avant son départ de Varsovie avec l'ambassadeur de France, pour apprendre de lui s'il gagnait du terrain dans sa négociation et s'il voyait jour qu'à l'occasion du mariage il pourrait espérer de détacher la cour de Saxe de celles de Vienne et de Pétersbourg, l'ambassadeur lui avait répondu qu'il n'avait pas gagné une pouce, que les expressions du comte de Brühl étaient choisies, mais si générales que jusqu'au moment présent il ne se flattait du moindre changement; qu'à l'égard de l'Empire ce ministre s'expliquait toujours d'une façon à pouvoir se flatter qu'on garderait une exacte neutralité; que d'ailleurs ce ministre l'entretenait souvent sur son désintéressement, lui faisant entendre que ni le roi de France, tout-puissant qu'il était, ni aucune puissance ne serait capable de le séduire. Il est aisé de voir par là que la France, malgré le mariage du Dauphin, n'empêchera pas ce ministre de suivre son ancien système et ne gagnera aucune supériorité à la cour de Dresde au point de la détacher de celles de Vienne et de Pétersbourg, à moins que la France ne tâche à culbuter le comte de Brühl, à quoi il faudrait que les ministres de France pensassent sérieusement. Vous devez insinuer tout cela au marquis d'Argenson, au premier tête-à-tête que vous aurez avec lui entre quatre yeux.

Federic.

Nach dem Concept.