2723. AU MINISTRE D'ÉTAT COMTE DE PODEWILS, ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE, A VIENNE.

Potsdam, 29 juillet 1747.

Lorsque je reçus dernièrement votre dépêche du 19 de ce mois, l'enveloppe en était si endommagée que même le maître de poste à Neisse s'est vu obligé de marquer, par un billet qu'il y avait joint, que cette lettre lui était parvenue toute mouillée encore et l'enveloppe entièrement gâtée. Il y avait encore d'autres marques assez visibles qu'on avait même ôté l'enveloppe que vous y aviez mise, et que l'on avait substitué une autre à sa place, quoique scellée de votre cachet, sur laquelle une main étrangère avait tâché d'imiter les caractères de votre main pour mettre sur le dessus l'adresse ordinaire: Au Roi. Comme la même chose à peu près est arrivée depuis peu avec plusieurs autres de vos dépêches, cela me suffit pour ne plus douter que l'on ouvre vos lettres malgré le soin que vous prenez de les bien fermer, et quand je réfléchis sur d'autres circonstances dont je suis assez informé, je suis presque moralement persuadé que le chiffre dont vous vous êtes servi jusqu'ici, est absolument trahi. Cependant, puisque toutes les plaintes que vous sauriez faire de ce que l'on ouvre vos lettres, ne serviront de rien et ne rendront que plus précautionnés les gens qui s'en mêlent, je veux que vous deviez dissimuler tout ce que je viens de vous marquer à ce sujet.

Pour vous répondre présentement au sujet des plaintes que la cour de Vienne prétend avoir contre vous, je dois vous dire que je suis extrêmement satisfait de la belle apologie que vous venez de faire contre toutes ces imputations. Vous deviez cependant trop me connaître pour croire un moment que ces fausses accusations eussent pu opérer le moindre sujet de mécontentement contre vous; soyez plutôt persuadé que je suis tout-à-fait content de la conduite que vous avez tenue pendant tout le temps de votre envoi à la cour de Vienne, et que, si je vous ai averti secrètement de la façon de penser de cette cour à votre égard, je ne l'ai fait que dans le dessein de vous aider à vous compasser avec des gens aussi insolents, hautains et artificieux que sont ceux que vous avez vis-à-vis de vous. Je suis d'ailleurs parfaitement persuadé que la cour de Vienne me veut tout le mal imaginable, et que je suis l'objet de leur haine et de leur rancune; aussi applaudis-je tout-à-fait à votre sentiment que je ne dois jamais me fier à eux, mais être plutôt toujours en garde contre leurs mauvais desseins.

<448>

Vous pouvez être sûr que le secret vous sera gardé ici touchant les confidences que l'ambassadeur de Venise vous a faites;448-1 j'estime cependant que vous devez vous conduire avec circonspection avec ce ministre.

Quant à l'affaire de la garantie de l'Empire, je suis de votre avis que, plus vous marquerez de l'indifférence à ce sujet, plus la cour de Vienne en sera embarrassée, pour ne pas savoir démêler où elle en est avec nous.

Pour revenir encore sur les fortes soupçons que j'ai que votre chiffre est trahi, je dois y ajouter que je ne saurais assez juger du comportement de votre secrétaire ni ne le voudrais taxer de trahison; je ne saurais pourtant vous cacher que je ne suis pas tout-à-fait hors de soupçons contre lui, et, quoiqu'ils puissent être mal fondés, vous ferez cependant bien qu'en attendant que vous l'éclairiez de plus près, vous ne lui confiiez rien de choses d'importance qui demandent du secret, mais que vous observiez les précautions que je vous ai prescrites par la lettre que mon domestique que je vous ai envoyé à Vienne, vous aura rendue. Je crois le nommé Bredow un homme très dangereux et espion du comte Ulfeld, qui, s'il n'a pas osé corrompre votre secrétaire, a du moins pu être assez artificieux pour tirer les vers du nez de celui-ci ou surprendre quelques-uns de ses papiers. Je ne vous parlerai plus du nommé Marianski, qui s'est assez développé pour être un fourbe fieffé.

Federic.

Nach dem Concept.



448-1 Ueber die Verhandlungen mit Sachsen wegen des Beitrittes zu der österreichisch-russischen Allianz.